Elle est venue sans faire de bruit,
Tout doucement, a déposé
Une couverture de soie blanche,
A caché les misères de la terre,
A gommé ses imperfections.
Les maisons se sont déguisées,
Fragiles cathédrales,
Se sont parées de dentelle,
Fine poussière de diamant.
La nuit a revêtu sa robe de mariée.
24/01/2004
Avec son cortège de factures
Chiffres savamment noircis
Droits comme des soldats
Au cerveau de plomb fondu
Lignes bien rectilignes
Se démènent, se bousculent
Petits soldats courageux
Cherchent une brèche
Dans la ligne ennemie.
Petits soldats vont à la guerre
À l'affût de la moindre faute
Chiffres se tordent puis se détendent
Tels des ressorts prêts à bondir
Pour l'assaut de l'attaque finale
Le croquemort pourra venir
Pour ramasser toutes les miettes.
10/03/04
« Laisse courir, laisse mourir »
C'est ce que tu veux me dire
« Laisse moi boire
Même si je dois en mourir
Puisque c'est ce que je désire »
Mais comment te laisser faire,
Rester là, impuissante,
À te regarder te détruire !
Je ne veux pas que tu meures !
Mars 2004 –non daté-
Sur les bords de l'autoroute se dressent des arbres –tache de verdure sur le gris de l'asphalte-. Certains se sont parés de délicates fleurs roses, d'autres de longues grappes d'or –parcelle d'éden dans l'enfer du trafic routier-.
Et soudain, çà et là, d'arbre en arbre, de branche en branche, apparaissent à mes yeux incrédules, d'étranges fleurs, mutantes nouvelles, qui se balancent, grotesques, au gré du vent, et sont autant de sacs en plastique – taches de poubelle dans un parterre de fleurs-.
27/05/04
Je veux me dégager de cette spirale dans laquelle tu m'entraînes, me libérer de cet engrenage, sortir de ce trou sans fond qui nous aspire, enchaînés l'un à l'autre.
Oh ! Je t'en veux ! Je t'en veux tellement !
Nous serions si heureux aujourd'hui si tu avais cessé de boire. Cette maladie engendrée par l'alcool est en train de te bouffer. Les chambres d'hôpital te connaissent par c½ur.
Je suis fatiguée. Je veux vivre pour moi, trouver un travail, devenir indépendante. Je veux prendre ma vie en mains... Enfin !
11/06/04
Tournent les roues sur l'asphalte noir de la route
Tandis que la voiture dévore les kilomètres
Tournent les aiguilles sur le cadran de nos vies
Tandis que tu attends là-bas dans cette chambre
Coulent les larmes malgré moi
Sans que je puisse les retenir
Se confondent avec le gris de cette pluie
Qui ne veut plus finir.
10/07/04
Le ciel menace, fait la grimace
Le vent tout fol prend son envol
Et de se déverser soudainement
Des trombes d'eau
Pour laver les pêchés de la terre.
Comme un oiseau se dégage de la fange
J'ouvre les bras étendus vers le ciel
Comme les Indiens des anciennes tribus
J'accueille en riant les dons tombés du ciel.
Je me ressource dans l'obscurité de la nuit
Je revis dans le tumulte des éléments
Et je m'endors dans les profondeurs de l'abîme.
09/08/04
Ta peau parcheminée
Tes membres décharnés
Et puis tes yeux hagards !...
Elle a enfin gagné
Cette drogue traîtresse
Qui se disait ton amie
Et que tu as fini
Par aimer plus que nous !
Les médecins eux-mêmes ont déposé les armes
Et m'abandonnent, impuissante,
Face à ce mal qui te grignote peu à peu.
Combien de familles voleront en éclats
Combien de vies voleras-tu encore
Avant que le monde réagisse enfin ?
« Alcool combien maudit !
Fléau exécré ! »
Les gestes au ralenti d'un corps qui n'en peut plus
Ton cerveau qui se noie dans un oubli total
Parfois dans un sursaut de lucidité
Sur ton visage à nouveau éclairé
Apparaît ce sourire satisfait
De n'être pas là-bas retourné
Au bout de ces longs couloirs de souffrance
Dans ces lits recouverts de draps blancs.
28/08/04
Je veux partir d'ici, je veux partir de moi
Lâcher le volant, je suis si fatiguée,
Et laisser la voiture aller là où elle veut.
Je suis prisonnière de ton amour
Je suis esclave de ta maladie.
30/08/04 – Décès de mon mari
31/08/04
Te voilà parti doucement en dormant
À force de lutter, fatigué tu étais
Je reste près de toi à te tenir la main
Ne t'en fais pas surtout tu peux partir là-bas
Retrouver tes parents et ta petite s½ur
N'oublie pas de leur dire combien nous les aimons
Dis-leur que tout va bien, qu'ils peuvent aller en paix.
... Je me sens comme déracinée.
01/09/04
Je croyais les larmes taries
Mais les voilà qui reviennent
Comme le galop d'un cheval fou
Comme une vague déferlante.
02/09/04
Ils sont venus te rendre hommage : des gens que je ne connaissais pas, et d'autres, ... ô mon dieu !
Ce vieil homme qui t'a connu enfant et qui t'a vu grandir ! Il te voit là étendu à présent et soudain se détourne, éclate en sanglots, accablé de douleur. Il cache ses pleurs, écrasé de chagrin, crie sa révolte devant tant d'injustice.
« La mort s'est trompée ! », dit-il.
« Elle n'a pas pris le bon ! »
Vois comme ton chien te veille, assidûment à ton chevet !
... Et cette longue plainte quand ils t'ont emmené !!...
C'est un rêve et je vais me réveiller
Mais non je ne me réveille pas
Le vide est là, tu n'es plus là !
Je voudrais briser le mur du silence
Combler ce vide qui crie ton absence
Et résonne dans les murs de la maison.
06/09/04
J'aurais voulu m'asseoir, là-bas près de toi, sans me soucier des gens qui sont là, qui m'entourent. Et puis attendre là, attendre je ne sais quoi, peut-être que tu reviennes.
Je regarde ces fleurs, je regarde cette tombe, et je me dis que ça n'est pas vrai. Ça ne peut pas être toi qui es là. C'est un rêve, un mirage, une mauvaise blague. Le soleil brûle et pourtant j'ai si froid. Les larmes coulent malgré moi et je me sens déconnectée.
01/10/04
Je déambule dans les rues de la ville
De vague à l'âme en vagues larmes
Je me perds dans les rues de silence
À l'abri de la nuit
Je cache ma douleur
Dans la fraîcheur du soir
Je marche dans les rues de mon âme
Je me perds dans le noir dédale
De mes pensées tortueuses, torturées
Seule
Comme aux pires heures de ma vie
Comme une peur d'enfant
Une terreur inexpliquée
Je parcours le labyrinthe
De mes pensées perdues
Ils rient, ils crient, ils parlent !
Là, rassemblés, à la sortie des écoles
Ils sont vivants !
Moi je me sens tellement vide
Moi je suis morte à l'intérieur
Depuis que tu es parti.
06/10/04
Faire l'aumône dans les boîtes d'intérim, à l'ANPE, dans les entreprises, s'abaisser à demander, mendier comme un chien rampant, essuyer les refus.
Déprime... Déprime.
Et pourtant recommencer encore, retourner de nouveau, pour se voir fermer les portes, ravaler sa fierté malgré l'humiliation, garder la tête haute.
15/10/04
Le plaisir du travail bien accompli, même si ce n'est qu'une heure par jour !
16/11/04
Brouillard s'étale dessus la terre tel un suaire
Obscurité s'éternise dans un demi-sommeil
Nuit engloutit mon esprit à l'infini.
Novembre 2004
Je regarde avec une douloureuse surprise les guirlandes qui illuminent les rues de la ville, signes annonciateurs du prochain Noël. Déjà !... Ce premier Noël où tu ne seras pas là, ce Noël que tu ne verras pas.
Je me vautre dans la fange nauséabonde de mes pensées doucereuses, douloureuses.
Lignes sirupeuses écrites au fil du temps que je relis dans les coups de cafard.
29/11/04
Ton absence me hante telle une présence en négatif !
Brume de novembre alourdit ma peine, pèse sur les croix, obscurcit les tombes.
Mort de « Bouba » par une imbécile voiture, petit chat argenté, encore un bébé.
13/12/04
Le destin m'a forcé la main. On me propose un contrat de trois mois.
28/12/04
Ombres chinoises sur un ciel doré
Comme une encre de chine sur papier doré
Les arbres pétrifiés dans le froid
Tendent leurs bras décharnés.
Des alignements de nuages
Comme un raz de marée déferlant.
La lune est tombée sur l'horizon
Boule dorée sur le noir de la nuit.
Tu me manques...

