07/01/72
Ce garçon lui ressemble si étrangement.
En lui je revois John, dans le camp de Castellane.
Vacances déjà si lointaines !
Il a les mêmes yeux, le même visage enfantin.
Mais je n'ai pas le droit de l'aimer,
Car ce serait tricher, mentir.
***
C'était un asile de paix et de fraîcheur où je trouvais, le soir, à l'ombre des grands arbres -auxquels la lueur de la lune donnait des formes étranges,- le repos de l'âme et du corps nécessaire à l'inspiration profonde.
Parfois je restais là des heures à regarder la rivière entraînée par son courant vers de petites chutes.
Endroit si merveilleux qu'il est indescriptible aux hommes n'étant pas dans la même disposition d'esprit.
Nous nous étions baignées, Michèle et moi, dès les premiers jours de notre arrivée au camp, dans un vaste trou d'eau précédant une chute importante.
L'eau y était si glacée que nous n'y restions jamais très longtemps.
Mais nous jouissions, en outre, d'un espace assez vaste, étant donné que personne autre que nous n'avait le courage d'entrer dans cette eau glacée.
Nous nous étions peu à peu habituées à la basse température de l'eau, d'autant plus qu'elle était limpide, claire et brillante comme une « pierre précieuse ».
Hélas ! Nous nous aperçûmes bientôt que, peu à peu, la rivière était polluée. Ayant averti le gardien du camp, nous apprîmes que des eaux d'égout étaient déversées dans le courant.
Au bout de quelques jours, l'eau autrefois limpide était devenue sale et sentait mauvais. Et de plus, à sa surface flottaient, de temps à autre, des papiers et même des bouteilles de plastique que les campeurs avaient jetés.
Nous dûmes vite renoncer à nos baignades quotidiennes qui nous apportaient tant de joie.
Nous avons assisté, impuissantes, à la lente dégradation de cet endroit enchanteur.
Mais les dernières soirées passées sous tes grands arbres, dans la solitude la plus complète, avec seulement mes pensées et mes rêves, ô rivière mon amie, je ne les oublierai jamais.
Seuls les arbres qui te bordent ont gardé leur puissance et leur mystère. Mais jusqu'à quand ?
13/01/72
Les gens n'aiment pas les cimetières.
Même mes amies ne veulent pas y rentrer visiter les morts.
On croirait qu'elles ont peur.
Auraient-ils tous peur de la mort à ce point ?
Il est pourtant des tombes si belles !
J'en ai vu même de toutes simples, ornées uniquement d'une croix et d'une rose finement gravées dans le marbre de jais.
Tout, en cet endroit, respire la paix, le repos.
On y trouve une solitude profonde et un silence presque matériel, plus accentué encore par le pépiement des oiseaux qui, voletant çà et là, ramassent quelques graines ou miettes perdues.
C'est comme un monde nouveau, étrange, dans lequel on trouve mille autres sens différents à la vie.
16/01/72
Heureux les incompris car il seront élevés à la droite de Dieu.
Heureux ceux qui espèrent car ils verront leurs rêves se réaliser.
Heureux ceux qui ont pleuré de ne pouvoir monter à cheval car leur désir sera exaucé : ils vivront leur vie éternelle auprès des bêtes leurs amies et pourront faire chaque jour de longues randonnées à cheval, à l'abri de forêts merveilleuses, ou sur la lande verte, ou sur une plage déserte.
Heureux les délaissés car il rencontreront l'amour.
Mon dieu, pardonnez-moi de faire souffrir votre fils. Il a déjà tant souffert pour nous tous, et moi ingrate que je suis, je le fais souffrir davantage encore. Je suis injuste envers vous. Jésus, pardonnez-moi : je n'ai plus la foi de mon enfance. Je ne sais plus dire les belles prières qui vous plaisaient tant. Vous en souvenez-vous ? Après avoir dit, le soir, les prières quotidiennes, je vous confiais, comme à un ami, toutes mes peines, et tout ce que je pensais. Après cette prière qui durait souvent fort longtemps dans la nuit, je m'endormais, heureuse, en paix avec Dieu et avec moi-même.
Seigneur, je vous remercie de m'avoir fait la grâce, aujourd'hui, de penser à vous et de me repentir au fond de mon c½ur, après un si grand silence de votre part, mais je dois l'avouer, de ma part aussi, hélas !
La société mauvaise des hommes est en train de détruire mon âme.
Jésus, aidez-moi à lui résister ! Je suis si seule et si faible sans vous. Restez mon ami comme autrefois !
02/02/72
Ô Nuit tourmentée par le vent sauvage, amie de mes sombres pensées !
Ô Solitude, douce amie, compagne de mon enfance tant regrettée !
Je suis née par une nuit d'orage sous le signe de la lune,
Ame rêveuse, douce, romantique qui m'accompagne désormais.
Amie, tu te fais rare ! Que t'est-il arrivé ?
Les hommes t'ont-ils reniée au point que tu ne paraisses plus
Et que tu m'abandonnes, toi aussi ?
Douce compagne de mes jours autrefois insouciants !
03/02/72
J'ai assisté au bonheur des autres,
À leur malheur et leur angoisse
Et chaque fois je suis restée seule.
J'ai partagé leurs joies, leurs peines
Et chaque fois je suis restée seule.
Seule ! Sans autres amis
Que le vent et la nuit.
12/02/72
J'ai fait, cette nuit, un rêve à la fois étrange et merveilleux.
J'ai rêvé cette nuit que, lasse de la vie, je me jetais du haut de rochers abrupts pour me noyer.
Mais quelqu'un m'a retenue au moment où, déjà presque libre et l'âme en paix, je sombrais dans les eaux profondes d'une mer inconnue.
Et puis je me suis retrouvée, toujours en vie, chez des anciens amis de mes parents, une famille Franco-Italienne.
Un garçon, un inconnu aux cheveux longs, est arrivé, une guitare sur l'épaule. Il chantait de douces mélodies, des chansons merveilleuses, en s'accompagnant de sa guitare.
Et puis je crois qu'il est reparti, me laissant plus seule que jamais avec mes rêves et mes pensées folles.
18/02/72
Un brin d'herbe séché,
Une fleur oubliée,
Un colchique et une perce-neige,
Une feuille d'automne
Déchirée par le temps,
Autant de vestiges,
Autant de souvenirs,
Et de pensées qui me hantent.
23/02/72
Qui es-tu ?
Je ne sais.
Je ne suis d'aucun monde.
Je suis le passé car j'ai peur du présent et plus encore du futur.
Non seulement j'en ai peur, je le redoute, car je crois à certaines choses qui ne sont écrites que dans les livres de Science Fiction.
Je crois au déroulement inévitable et implacable de maux innombrables sur notre planète mère... dans le futur
Futur déjà presque présent.
Qui je suis ? On m'a affublée de tant de noms déjà ! Cheval, tigresse, taupe, vieille chouette, et j'en passe !
N'importe ! Ces mots ne veulent rien dire. Ce ne sont que des mots, comme ceux que j'écris. Ils ne me font plus mal maintenant. Ou s'ils me font souffrir, j'y reste indifférente. Et ils me font penser aux bêtes qui portent ces noms dont on m'affuble et qui sont mes amies.
Qu'en penses-tu, toi, ô Sage de tous les temps ?
***
Je voudrais être un oiseau pour m'enivrer de l'espace infini.
« Tu serais bien vulnérable ! », me diras-tu.
Vulnérable ! Ne le suis-je déjà pas parmi « les miens », cette race appelée « hommes » ?
05/03/72
Il y a ceux qui sont cruels et s'en vantent ouvertement.
Il y a ceux qui frappent dans le dos.
Il y a ceux qui, à l'origine, étaient bons, et deviennent cruels au contact de la société « humaine ».
19/03/72
Il n'y a rien de pire qu'un homme qui rentre chez lui de bonne humeur et qui se fait engueuler par sa femme et devient ainsi de mauvaise humeur.
Et il n'y a rien de plus « con » que les scènes de ménage.
***
J'ai retrouvé dans un tiroir la bague au gros « diamant » vert, et avec elle une tête de cheval que j'avais modelée, un soir d'été, dans de la terre du jardin. Longtemps je l'avais cherchée en vain. Je la retrouve enfin, intacte.
24/03/72
Je suis le parasite universel.
Je suis l'inconsolée toujours en pleurs qui se lamente sur le triste sort des hommes souvent, sur le sien toujours.
Je suis l'éternelle répudiée des joies et des plaisirs mais surtout de l'amitié.
Jamais je ne m'attache car je ne sais pas aimer. Je ne sais plus aimer.
Je suis une âme perdue qui n'a pour seules compagnes que solitude et tristesse, et qui erre dans la peur, dans un monde effrayant qu'est celui des hommes.
Je suis une âme qui recherche en ce monde la vérité peut-être, et la raison de son existence, de sa vie sur cette terre.
Je suis une âme seule qui a besoin d'amour ou de simple amitié.
***
Il vaut mieux être mort qu'infirme.
Opinion discutable et résolvable suivant l'angle de vue sous lequel on se place !
07/04/72
Ce rêve !... je me souviens.
Souvent je l'ai refait durant mon enfance. Toujours le même.
Non ! Pas un rêve.
Plutôt une sorte d'angoisse. Une sourde angoisse.
Devant moi se déroulait une route droite, lisse, dont on ne voyait pas la fin.
Non ! Pas une route.
Au fond, je n'ai jamais su définir ce que c'était, bien que je l'aie vu si souvent, si longtemps.
Toutes les nuits, c'était la même chose. Et chaque fois, à mon réveil, je me demandais ce que c'était.
Peut-être un tunnel.
Un tunnel obscur.
Il me semblait que j'étais paralysée, prisonnière dans cette vision étrange.
Cette route sombre, d'une rigidité inexplicable se déroulait devant mes yeux à une vitesse de plus en plus grande et m'inspirait une terreur incompréhensible.
Etait-ce un signe du destin qui voulait ainsi me prédire ce que serait ma vie ? Je ne sais.
Si j'étais superstitieuse, je le croirais volontiers.
Mais je ne crois plus en rien, même plus aux superstitions.
30/04/72
J'ai remarqué, hier, en cherchant de vieux cahiers dans les affaires de ma s½ur, des mots écrits par elle.
Ces mots, j'ai été surprise et presque effrayée en les voyant.... Et dans un de ses poèmes, des phrases qui trahissent le même état d'esprit que le mien lorsque j'écris....
Je suis presque terrifiée de constater que j'écris les mêmes choses que ma s½ur. Elle en poèmes, et moi en prose.
Durant la nuit du 28 au 29, j'ai rêvé que je pleurais. Je me suis réveillée en larmes.
Le soir même, le samedi 29, je piquais une crise de nerfs au dortoir ; je ne pouvais m'arrêter de pleurer.
Ce soir encore j'ai pleuré. Et Michèle est montée dans sa chambre sans manger. Je l'ai entendue hurler : elle avait une crise.
J'ai entendu Grand-Père, dehors, dire qu'il souhaitait crever au plus vite.
J'ai pensé à toi, Claudy, et aussi à Odile, et aux autres filles du lycée. Tu es une fille épatante, Claudy. Tu es venue me consoler, me parler, alors que je pleurais. Tu m'as parlé comme une s½ur.
Tu m'as demandé ce 29 au soir, au dortoir, si je préférais être chez moi ou au lycée. J'ai dit : « je ne sais pas ». Mais maintenant je peux répondre : je préfère vivre au lycée que chez moi.
Je n'ai jamais eu autant besoin d'amis que cette année.
Je n'ai jamais ressenti un aussi grand besoin d'amitié.
09/05/72
Les gens se croisent dans les rues sans se parler. Ils font des gestes de tous les jours, mécaniques. On dirait des robots bien appris qui exécutent des ordres donnés par un être invisible.
Lorsque je croise le regard de l'un d'eux, je n'y vois aucune lueur de bonheur. C'est un regard fixe, froid, vide de toute lumière d'intérêt. Et j'éprouve alors une sourde inquiétude, une profonde angoisse.
Je pense à l'avenir et j'ai peur...
Je pense à ces robots que l'on a commencé à construire en Amérique pour qu'ils remplacent les ouvriers dans le travail à la chaîne. Je vois la vitesse abrutissante augmenter chaque jour. Je contemple les visages de ces hommes, victimes du machinisme et du capitalisme. J'entends chaque jour à la radio les cris de haine et de révolte de ceux qui ne sont pas encore prisonniers dans l'engrenage de la vie active et qui comprennent...
Je pense à l'avenir et j'ai peur...
19/05/72
J'ai trouvé un merveilleux remède à l'ennui : le travail. Le travail à en crever !
21/05/72
Aujourd'hui encore !!!
J'ai maintenant peur de rentrer le samedi midi et j'aspire à retourner au lycée au plus vite.
Les repas en famille sont un vrai supplice ! Une dispute aujourd'hui encore entre Michèle et les parents. Elle est montée une fois de plus sans manger. Encore une fois je n'ai pu retenir mes larmes et, les yeux brûlés de sel, je me suis enfuie dehors.
22/05/72
Ce qui fait le charme des villes, ce sont les amis.
Ce qui fait le charme de la campagne, c'est tout le reste : solitude, paix, douceur de la nature, repos, parfums des arbres en fleurs, chant des oiseaux et mille bruits d'insectes et de milliers de bêtes insoupçonnées dans les herbes qui bruissent de vie.
25/05/72
Soleil brillant sur ciel noir.
26/05/72
Je voudrais mourir pour ne plus les voir, ne plus les entendre, tellement j'ai honte.
La honte ronge comme le temps, lentement mais toujours davantage.
Retourner dans ce néant d'où je viens, n'être plus rien,
Ou bien une feuille morte qu'un souffle de vent traîne sur la terre et que les gens piétinent,
Ou bien une étoile lointaine pour éprouver mon masochisme de femme et consumer mon corps durant des millénaires.
Oh ! Réincarnations, existez-vous vraiment ou êtes-vous mensonge ? Je blasphème peut-être.
Craintes et bonheur illusoires des croyances inculquées par des générations entières !
Vérité ! Ne serais-tu qu'un songe ? Qu'est-ce que l'homme, après tout ?
J'ai cru, je n'espère plus.
Où est la vérité et quelle sera ma vie ?
Je suis au seuil de la vie des hommes, au centre de mille possibilités différentes et contradictoires, comme en un labyrinthe, indécise, ne sachant quelle voie choisir.
Et si je m'étais trompée !
Le bonheur d'une vie ne repose-t-il donc que sur une seule décision antérieure, une décision d'enfant ?
Oh Tourments de l'incertitude et du doute !
La science des hommes ne dira pas tous les secrets de la vie.
La science deviendra un monstre doté d'intelligence... mais non pas de sagesse !
27/05/72
J'ai encore, cette nuit,
Versé des larmes dans mes rêves.
Oh ! Nuit de vent et d'épouvante !
Longue nuit blanche !
Nuit de larmes et d'angoisse !
29/05/72
« On ne m'a pas appris à vivre », m'a dit Michèle. Cette vérité a longtemps résonné dans ma tête. C'est là la vraie réponse à ce grand drame de famille où incompréhension se mêle à conflit et disputes, et s'ensuivent les crises de larmes.
À moi non plus on ne m'a pas appris à vivre. Mais les conséquences de cet oubli, nos actes, notre manière de vivre ont fait que nous avons suivi une voie différente.
Michèle s'est jetée à corps perdu dans l'amour, ou ce qu'elle croyait être l'amour. Sa beauté lui a apporté beaucoup de flirts et beaucoup d'amis, mais aussi des ennemis : les grandes personnes.
Moi, par contre, je me suis retranchée dans une solitude effrayante. Mes complexes m'ont attiré beaucoup de mépris et de surnoms ridicules. Les grandes personnes me considèrent comme une petite fille bien sage, tandis que les jeunes de mon âge se moquent de mon inexpérience et jouent un jeu cruel.
Toutes deux nous sommes différentes mais toutes deux nous écrivons les mêmes choses.
03/06/72
De ma chambre, je ne pouvais voir, par la fenêtre ouverte, qu'un grand morceau de ciel bleu. Mais cela suffisait à mon bonheur. Bonheur simple que de respirer de l'air pur et d'entendre les cris innombrables d'oiseaux. Sur le toit du bâtiment voisin, juste en face de ma fenêtre, est venu se poser un oiseau appelé étourneau. Il semblait appeler un de ses frères ailés, peut-être une compagne. De sa gorge sortait une grande variété de cris avec une prédominance de l'aigu. Et ses ailes, battant ou se déployant brusquement en un large éventail, émettaient des sons rauques. Comme pour se faire remarquer davantage, il courbait de temps à autre sa tête en de gracieuses salutations ou levait son bec fin vers le ciel, semblant être plongé soudain dans une sorte d'extase.
Ce spectacle, pourtant l'un des plus familiers de la nature, m'a fait pleurer de joie. J'ai pensé que plus tard je n'aurai peut-être plus l'occasion d'assister à pareil spectacle, et que ceux qui viendront ne pourront le connaître. Et cela m'a remplie d'effroi et d'inquiétude.
J'ai pensé à la vie trépidante des villes et au désintéressement total, au mépris des gens pour les bêtes.
J'ai revu ce chien qui, heurté par une voiture, s'enfuyait en hurlant et en se tordant de douleur, puis, réfugié dans un coin, léchait ses blessures en geignant doucement.
***
Mes parents croient que la mort de Mémère ne m'a rien fait. Mais ils se trompent car cette mort m'a profondément bouleversée. Mes parents croient que je n'ai pas pleuré, que je ne pleure pas celle qui a disparu, celle que j'aimais et que j'aime toujours. Mais ils se trompent car j'ai pleuré sans qu'ils le voient et pleure encore bien souvent en pensant à elle.
Et maintenant, quand je regarde le soleil ou la neige, l'été ou l'hiver, quand je regarde le jardin de ma grand-mère, je me souviens des jours heureux de mon enfance, des jeux que nous inventions, Michèle et moi, des rires et des confidences, et jusqu'aux « mots croisés » que nous faisions ensemble ; je me souviens des jours heureux vécus ensemble et je pleure. Je pense à mille choses qui me reviennent d'un seul coup et qui défilent devant mes yeux : ce sont des joies de mon enfance, c'est le soleil de mon enfance qui revient en moi, ce sont des souvenirs qui me rendent heureuse et malheureuse à la fois. Mais maintenant que Mémère est partie, je crois et je suis sûre que je ne l'ai pas assez aidée à mille petites besognes, à toutes sortes de petits travaux que j'aurais pu faire. Hélas ! Tous mes regrets ne feront pas revenir la chère disparue, ni les jours heureux et insouciants de mon enfance vécus avec elle. Oh ! Mémère ! Si tu puis m'entendre et me voir, ne m'abandonne pas ! Ma chère grand-mère ! Pourras-tu jamais me pardonner, ainsi qu'à Michèle ? Je t'en supplie, pardonne-moi, vois le désespoir de mon âme et vois tous mes regrets. Ne m'abandonne pas ! Je n'oublierai jamais, crois-moi, toutes tes bontés et les jours merveilleux vécus ensemble. Je n'oublierai jamais tout le mal que j'ai fait à toi et à tous les autres. Mais bien que je sois impardonnable et que j'aie été bien ingrate, je te supplie une fois de plus de me pardonner.
04/06/72
Tu n'aurais pas dû mourir maintenant.
Tu étais ma seule vraie amie et je ne le savais pas.
Je me souviens des jours heureux et je pleure.
Je me souviens :
Tu étais notre amie à Michèle et à moi,
Souvent notre complice.
Tu aurais pu me conseiller, m'aider.
Me voilà seule à présent.
Seule avec mes rêves et mes espoirs déchus.
Seule avec cette peur qui me tenaille le ventre.
09/06/72
Boucher ! Dentiste, tu es un boucher !
Tu as usé l'émail de mes dents avec tes roulettes d'acier qui tournent,
Tu as creusé dans l'ivoire de mes dents avec tes instruments qui bourdonnent,
Tu as fouillé dans la chair de mes dents à la recherche du nerf,
Et, triomphant,
Tu m'as arraché des larmes de fiel en piquant tes aiguilles d'acier dans le nerf à vif.
.... Et maintenant cette douleur !...
Non lancinante, mais sourde !
Sourde et continue.
Interminable... comme un poison lent.
12/06/72
Ce n'est plus seulement de l'incompréhension, c'est de la haine : une haine aveugle entre tous les membres de la famille.
J'ai pensé à une chose : me suicider juste avant l'examen de Français et par la même occasion avant la visite chez le dentiste. Mais si ça ratait comme c'est arrivé à Michèle ? Il est si difficile de se tuer avec des médicaments ! Et puis d'ailleurs ça n'arrangerait rien. Au contraire ! Alors que faire ? Quand donc viendra ma délivrance ?
Plus je réfléchis, plus je cherche et moins je comprends. Vie, tu es idiote, ridicule, absurde ! Tu es dépourvue de tout sens, de toute raison valable d'être.
« Spiders are in my head, in my soul, and my mind is in the fog, and I know nothing. NOTHING ! I know no longer something. »
14/06/72
Décrépitude de l'espèce humaine !
Bêtes abruties en servage !
Fantômes que vous êtes,
Automates conditionnés et bien appris
Qui attendez, bêtes de somme,
Ou courez, paniqués,
Dans ces grandes maisons
Formées de longs couloirs
Et d'escaliers sans fin,
Maisons sans fenêtres,
Et où les dizaines de portes
S'ouvrent sur des bureaux étouffants
Où travaillent, autres bêtes,
Les secrétaires.
01/07/72
Je veux crever.
Comment ? Je m'en fous !
De n'importe quoi.
Mais je veux crever !
***
La vie (celle qu'en font la majorité des gens, donc les bourgeois) n'est qu'un tissu de mensonges. La vie est une grande salope !
À mort les bourgeois endurcis qui ne sont que des pauvres types incapables de se gouverner eux-mêmes, incapables d'agir par eux-mêmes, et même de penser. Incapables de VIVRE.
***
Jours tristes, gris et monotones s'écoulent avec une lenteur exaspérante.
Et seuls l'ennui et le mal du pays, tristes compagnons d'infortune, hantent mon esprit et peuplent mon cerveau de toiles d'araignées.
***
J'aimerais dessiner une statue du Sacré-C½ur dans une de ces églises d'ici-bas où Jésus offre son c½ur aux hommes. De son visage émane une étrange et douce lumière. Ses traits si purs et son attitude si belle m'ont souvent bouleversée et plongée dans le ravissement et l'extase.
***
Des roses de pourpre couvriront ma tombe.
Le vent dispersera leurs gouttes de sang.
Le vent pourra gémir dans les branches des arbres,
Les arbres pourront mourir et les bêtes se taire,
Les ruisseaux et les mers, et puis l'air et la terre
Pourront se polluer,
Les hommes s'entretuer s'il en existe encore,
Je ne verrai plus rien, je n'entendrai plus rien.
Pour moi l'air sera pur,
Les mers seront les reines et les bêtes vivront.
Enfin je serai libre.
Oui je serai libre... quand je serai morte.
03/07/72
De curieux nuages blancs
Dans la vaste coupe du ciel d'azur
S'effilochent en longs filaments blancs
Comme une longue chevelure ondulante.
08/07/72
Trouver l'oubli dans les profondeurs d'un océan ou dans la contemplation des étoiles, le soir.
C'est comme une flèche de feu qui traversa le néant, le silence de mon esprit.
Je l'ai enfin trouvé, ce que je cherche : l'Oubli. Voici le mot clé qui ouvre les portes restées fermées de mon esprit, qui explique cette angoisse, cette peur. Je cherche l'oubli !
Je l'ai longtemps cherché et je le cherche encore. J'ai cru parfois l'avoir trouvé quand, l'âme vide de toute pensée, je contemplais les vagues se déchirant contre les rochers, ou lorsque, les yeux brûlés, je fixais le soleil de midi, ou encore quand, la nuit tombée, j'écoutais le silence de la froide lumière des étoiles.
Oui, j'ai cru l'avoir trouvé mais ce n'était qu'un songe, un rare et bref instant d'une illusion de plus.
09/07/72
Je connais des gosses de pauvres qui ont le regard pur et dont les gestes et les paroles ne sont que douceur et compréhension.
Je connais des gosses de riches qui nagent dans l'aisance, dont le rire est moqueur et dont les gestes et les paroles expriment une cruauté d'autant plus grande qu'elle est inconsciente.
12/07/72
Laissez-moi.
Je veux rester seule.
Laissez-moi seule avec mes larmes.
Laissez-moi crier, crier de haine ou de douleur, que vous importe !
Vous ne comprenez pas.
Allez-vous-en ! Laissez-moi seule.
Vous me faites horreur et vous me faites peur.
Vous êtes comme les mouches qui ne cessent de harceler leur victime et mangent leur proie peu à peu.
Pourquoi me tourmentez-vous ?
Mais laissez-moi seule ! Vous me tuez !
Je ne veux plus vous voir, encore moins vous entendre.
Que vous ai-je donc fait pour me torturer ainsi ?
Non ! Par pitié !
Ne claquez plus les portes !
Ne criez plus ainsi à longueur de journées !
Ca me fait trop mal maintenant.
Je ne peux plus le supporter !
17/07/72
Proisy – Fête – Amour.
27/07/72
Le grand silence.
Le néant.
Mes amies sont muettes
Et mon Ami ne m'écrit pas.
28/07/72
Il pleut.
Les yeux remplis de larmes,
La tête vide,
L'âme obscure pareille à ces nuages,
À ce ciel éternellement gris,
Je cherche en vain un rai de soleil qui n'existe pas,
Je cherche une raison d'espérer,
De croire en quelque chose.
Mais le ciel s'entête à ne vouloir changer
Et mon âme s'enlise....
Il pleut.
29/07/72
Un fétiche était pendu à ton cou.
Ce fétiche, tu me l'as donné.
Il est ici maintenant,
Souvenir d'un jour de fête
Où j'ai connu l'amour.
31/07/72
Je voudrais partir seule, sans autres bagages que mes idées, et marcher tout le long des chemins avec pour compagnons le soleil et le vent, et pour guide l'étoile du berger.
J'emporterai avec moi ce carnet rouge et un crayon pour écrire.
Je marcherai tout le long du jour en cueillant les baies des haies pour calmer ma faim.
Quand je serai fatiguée, je m'adosserai contre un arbre et je m'endormirai.
04/08/72
Retour de Rotterdam.
J'aurais voulu pouvoir rester des heures à contempler la mer, sur ce bateau, dans le grand vent glacé du nord, le visage mouillé des embruns de la mer.
Je voudrais, comme Chateaubriand, que ma tombe se dresse, solitaire, face à la mer, pour que mon fantôme puisse à loisir passer sa vie à rêver devant les vagues déchaînées.
09/08/72 - Retour de Thoiry.
Regarde, ami, comme le monde est beau, le soir.
Regarde le ciel au crépuscule.
Ecoute le silence qui se pose sur nous, tel un oiseau de paix.
Il nous dit plus de choses que ne le ferait un homme avec des mots.
Il parle en nos pensées, en nos rêves.
Regarde l'occident.
Le soleil s'est couché dans son lit sanglant, brûlant d'une fièvre inconnue, et bientôt a sombré dans un autre monde.
14/08/72
Qui donc es-tu, toi qui gouvernes mes pensées avec tant d'anarchie ? Ne peux-tu me laisser en paix ! Je ne veux rien autre que dormir. Dormir ! Sais-tu ce que cela signifie ? Non, tu ne connais sans doute pas ce repos. Tu ne dois en connaître aucun, d'ailleurs. Ne vois-tu pas que tu me fais souffrir ! Laisse donc mes pensées dormir ! Quand daigneras-tu me laisser trouver le repos ? Je ne veux plus penser à toutes ces choses, à tous ces êtres. Maître de mon subconscient, n'as-tu jamais connu la paix ? Laisse mon âme se plonger dans ces douces ténèbres du néant où elle voudrait retourner à jamais. Pourquoi choisis-tu toujours la nuit pour venir me tourmenter ? Je ne veux plus penser. Je veux DORMIR.
18/08/72 - Lendemain du retour de Michèle de Paris.
Elle a beaucoup changé pendant son séjour chez Philippe. Elle m'a parlé avec un esprit différent, tourné résolument vers le futur avec confiance cette fois.
J'avais l'impression d'être une petite fille écoutant les conseils d'une grande personne.
Mais j'avais oublié une chose : elle, est peut-être changée, mais les parents ne le sont pas. J'étais dans le jardin quand je les ai entendus une fois de plus se disputer. J'ai entendu Michèle crier. C'est déjà sa première crise depuis qu'elle est rentrée hier.
Elle me disait ce matin : « ça a dû te faire mal d'assister à toutes ces disputes ! ». Hélas ! Le plus malheureux, c'est qu'elle est la seule dans la famille à s'en être rendu compte.
***
« Pourquoi es-tu si triste ? », me disait-il. Il n'a pas compris et il est parti.
***
Vivre en famille en parfaite entente,
Ça doit être beau !
Vivre sans pleurs, sans disputes ni cris,
Ça doit être bon et chaud !
Etre en famille, entre amis....
....Entre amis....
27/08/72
Dieu s'est-il suicidé ?
À moins bien sûr -autre hypothèse- qu'il n'ait jamais existé !
Il ne peut être que mort ou mourant à moins qu'il ne soit en pleine crise de désespoir.
29/08/72
Les bêtes font moins d'histoires que les hommes pour mourir.
Les bêtes souffrent en silence et meurent sans jeter un cri (et leur mort est gratuite). Le seul prix de leur mort sont les fleurs de leurs amis.
Un homme est mort ! Ses amis, en plus de leur souffrance, doivent payer un 2ème prix : l'argent.
***
Tu ne verras pas les larmes de mes yeux
Car je les cacherai dans l'obscurité complice de la nuit.
Tu ne verras pas les larmes de mon c½ur
Car tes yeux sont aveugles.
Seuls mes amis les plus simples savent.
***
Petite fille perdue dans le brouillard de la vie,
Jamais tu ne connaîtras la paix.
Personne ne viendra te consoler et essuyer tes pleurs
Car nul ne sait les mots.
***
J'ai dans la tête un grand chant immensément triste
Qui s'amplifie à mesure que tombe la nuit,
Et comme un cri étouffé, ne parvient à s'exprimer.
« Poète, reprend ta plume et écris pour moi ce chant là ! »
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Il n'est pas besoin de verser le sang pour faire souffrir. Les souffrances morales sont beaucoup plus grandes que les souffrances physiques, car elles sont plus sourdes et plus longues et ne s'expriment que par les pensées et non les paroles.
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Dans ma tête se bousculent des bribes de phrases incohérentes, des mots pourtant lourds de signification qui ne peuvent exprimer que la folie : « souffrance, nuit, larmes, sang, peur, brouillard, mort, vent, automne, angoisse ».
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L'oiseau s'est abattu sur la route inondée de soleil.
La tête levée vers le ciel,
Ses grands yeux étonnés humides de douleur,
L'oiseau est mort sans connaître les raisons de sa mort.
L'oiseau est mort sans comprendre.
30/08/72
Soleil tu viens trop tard pour sécher mes larmes.
Il n'est plus temps désormais.
31/08/72
Savais-tu que les bêtes veillent les morts même quand ceux-ci ne sont pas leurs parents !
04/09/72
Comme dans le rêve de cette nuit, il me prendra par la main et marchera avec moi sur le sentier tortueux et semé d'embûches multiples qui monte, monte à travers les rochers. Et il m'empêchera de tomber dans le gouffre qui longe le chemin. Alors j'aurai confiance et je serai en paix.
05/09/72
Dans ma chambre est un objet que j'aime beaucoup : un couvre-lit couvert de taches qui sont autant de larmes versées jusqu'à ce jour.
24/09/72
Un chien-loup prétendu méchant qui s'est laissé caresser et m'a léché la main sous le regard ébahi de son maître et inquiet de mes parents. Je crois qu'il s'appelait Jim...
Un enfant blond nommé David qui aimait à venir près de moi et a eu l'étrange pouvoir de réchauffer mon c½ur.
Journée mémorable car presque paradisiaque.
04/10/72
Soleil d'automne, soleil froid, soleil glacé, soleil aveugle.
Des gens sont là rassemblés dans un nuage de poussière,
Fumées de cigarettes, brouillard laiteux, cristaux de glace figée.
Brume d'automne s'étend partout.
Les arbres pleurent : larmes de sang et d'or mêlé,
Larmes moirées, larmes changeantes.
Et je sens comme un grand vide impossible à définir,
Un grand trou noir béant dans lequel quelque chose en moi,
Mon corps, mon c½ur ou mon esprit semble vouloir glisser,
Tout doucement, sans faire de bruit,
Comme une larme sur la joue d'un enfant.
13/10/72
J'ai essayé d'être heureuse,
J'ai fait semblant de rire alors que mon c½ur pleurait.
J'ai essayé de vivre comme vivent les autres,
Mais je n'y suis pas arrivée.
18/10/72
L'eau était grise, couleur terre, comme boue, au bord de la fête.
Triste et grise comme l'eau des étangs qui brillent sous le regard ironique du soleil.
Longtemps je t'ai cherché.
En vain.
Longtemps j'ai erré comme une âme en peine par les chemins boueux bordés d'épines rouges et de gouffres profonds.
Longtemps je t'ai cherché.
J'ai cru t'avoir trouvé.
Ce n'était qu'un mirage, une image qui fuit en cachant son visage.
Je ne t'ai pas trouvé.
Amertume, tristesse qui êtes dans mon c½ur, cachez-vous.
Nul ne doit vous voir, nul ne doit savoir la cause de mes pleurs.
Un jour j'irai là-bas.
Lasse d'errer sur terre à la recherche d'un bonheur inexistant, impossible,
Je te chercherai plus loin, beaucoup plus loin....
Dans l'eau des étangs....
22/10/72
Souvent je me suis perdue dans les chemins obscurs et bizarres de la vie.
Mais jamais personne ne m'est venu en aide.
Les gens passaient, indifférents, et répondaient à mes questions de manière évasive.
08/11/72
On a confiance en un être, homme, femme, enfant, qu'importe ! On l'estime, on l'aime.... et vient un jour où l'on s'aperçoit que cet être est un monstre qui ne cherche qu'à vous nuire, vous humilier, vous écraser, vous bafouer, vous torturer.... vous tuer.
L'un, travaillant dans l'ombre, le fera en silence, mais soigneusement.
L'autre laissera éclater tout d'un coup sa haine, brutalement, comme une vitre qui se brise.
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Il faut remercier quand on est frappé,
Il faut pardonner quand on est insulté,
Ne jamais pleurer quand on est tombé,
Etre toujours joyeux, faire semblant d'être heureux
Et rire, rire quand on voudrait pleurer,
Quand on voudrait crier de rage, de douleur,
Quand on voudrait courir très loin et se cacher
Et se précipiter dans un autre abîme
Pour échapper à celui dans lequel on se trouve.
Etre heureux quand on est malheureux,
Aimer la vie quand on la déteste.
En un mot, tricher, mentir,
Garder ses sentiments prisonniers dans son c½ur.
Voilà la loi de la vie humaine.
15/11/72
Il me faudra longtemps avant que je comprenne que tous les chemins sont les mêmes.
Mensonge ! Mensonge, que toute cette vie absurde, toute cette boue où chacun piétine les uns sur les autres, où tout le monde se suicide, chacun à sa façon.
Je me croyais immunisée contre cette souffrance morbide, mais la voilà qui revient aujourd'hui rouvrir avec ses crocs, ses griffes, les meurtrissures de mon c½ur.
La voilà qui revient se plonger toute entière dans la plaie chaude rouverte.
Et cette présence pèse comme du plomb dans mon c½ur qui semble comprimé, enserré dans un étau.
16/11/72
Devant moi, tout un rang vide. Comme une bête pestiférée....
23/11/72
« Qu'est-ce que tu fous ici dans un lycée technique ? Pourquoi tu ne suis pas des cours de dessin d'art ? ». Voilà le genre de questions que me posent beaucoup de gens.
Je sais, j'ai raté ma vie et c'est pour çà que j'en ai peur. Des idées bizarres me viennent à la pensée de ce que j'aurais pu être ce jour même, cet instant même où je me trouve entre quatre murs.
Je n'aurais pas connu ces garçons aux moqueries ironiques et méprisantes, et ces filles « con » qui rient à tout moment et se fardent et parlent, parlent.
Je ne monterais pas, peut-être, ces 80 marches des 4 étages le matin, le midi, le soir, ce qui fait 480 marches minimum dans une journée.
Je ne ferais pas partie de ces filles, de ces troupeaux humains qui attendent, bien conditionnés et obéissants, l'heure de la curée, le matin, le midi, le soir.
Je ne verrais pas, tout au long des journées, cette longue étendue de macadam et ces hauts bâtiments de béton que l'on nomme H.L.M et qui encerclent cet autre bâtiment qu'on appelle L.T.E. et où je suis actuellement.
Je ne connaîtrais pas Patrice... et ces quelques amies : Ghislaine, Josiane, Nanard, Joëlle aussi que je crois comprendre au fond, compagnes des jours moroses.
31/12/72
Je me suis enfuie de la maison de terreur où ne sont qu'orages tumultueux et fontaines en permanence. Et j'ai été dans le jardin, là-bas tout au bout où règnent les arbres, pour trouver un peu de paix. Les pieds dans l'herbe gelée, la tête contre l'arbre, je suis restée debout en fermant fort les yeux, debout comme dorment les chevaux. Et j'ai pensé qu'aujourd'hui c'est Dimanche, j'ai pensé aux parents qui souffrent, renfermés dans leur douleur, et de ce fait devenus incapables de communiquer avec Michèle. D'où ces longues et éternelles disputes entre eux, les répliques des parents n'ayant souvent aucun rapport avec le problème posé, mais ressassant plutôt des peines antérieures. J'ai pensé.... Mais à quoi bon ! Si j'ai pleuré ce jour-là, je ne l'ai pas fait exprès. Si j'ai pleuré, ce n'est pas pour ces perpétuels problèmes de famille. Non, si des larmes m'ont échappé, c'est d'avoir pensé à Patrice... peut-être aussi à J.M.